Sortir du trou

/ mai 22, 2019/ Liberté/ 1 comments

Je discutais ce matin, sur messenger, avec une amie qui est vraiment dans une sale période. Vous savez, ce genre de moment où on se retrouve avec tout qui chie en même temps ? Quand la vie amoureuse est souffrante, que la santé ne va pas non plus, et nous empêche de bosser, qu’on a des traumas à régler qui nous font réagir trop fort, pas adéquatement, et qu’on subit nos émotions… Et qu’à force de faire des choix réaction ou par contrainte on s’enlise.

Quand les solutions qu’on trouve génèrent surtout de nouveaux problèmes, quoi…

Et on se sent nul.

Et on ne dort plus. On gamberge. On angoisse. Et la journée on se traîne. Et le boulot s’en ressent, et nos diverses relations aussi, etc, etc.

J’ai déjà été dans ce genre de situation. Deux fois, dans ma vie, pour être honnête. Dans mon cas, les deux fois, ça a été parce que je n’arrivais pas à me sortir de relations amoureuses ultra-toxiques pour moi. Pour d’autres, c’est le boulot qui crée ce genre de stress. Pour d’autres autres, c’est la famille, ou un enfant, ou une phobie… pour d’autres encore c’est tout autre chose. On a tous nos points de fragilité, nos failles et des trucs qui font qu’on se fabrique des tempêtes émotionnelles, qu’on sur-réagit, et que tout ça fout un bordel incroyable en nous. Et par extension dans nos vies.

Dans tous les cas, quand trop de cercles vicieux s’empilent, un moment donné on a l’impression qu’on va juste y rester. Ou tout péter et se barrer. Ou peu importe. Et typiquement, c’est un peu vrai. Y’a des gens qui finissent par tout plaquer, ou faire des conneries, ou même en mourir, directement ou indirectement.

Mais en général, surtout, on grandit. On évolue.

On peut quasiment toujours s’en sortir, à condition qu’on s’en donne les moyens et qu’on agisse, dans le concret. Et du coup, en toute simplicité, j’ai envie de partager avec vous un peu mes humbles réflexions sur « comment faire pour s’en sortir ».

Sortir du trou

Alors non. Je n’ai pas de recette toute faite qui fonctionnera toujours et pour toutes les situations, et encore moins de méthode qui fera le boulot à votre place. Sinon, franchement, ça serait avec joie, hein. Mais ça ne marche pas comme ça. Bonne nouvele, des deux fois où je me suis retrouvé comme ça dans les abysses, dans ma vie :

  • j’ai énormément appris sur moi et sur mon fonctionnement ;
  • ça a été l’occasion pour moi de traiter des traumas et des blessures dont je n’avais pas conscience ;
  • ça m’a permis de me restructurer en profondeur et de repartir ensuite sur des bases beaucoup plus saines ;
  • j’en suis sorti beaucoup plus fort, plus conscient, et surtout beaucoup plus libre.

C’est cette même méthode que j’utilise encore aujourd’hui, dans les petites galères comme dans les grandes. C’est aussi un peu cette recette qu’on transmet avec Aurélie au stage Antifragile. Avec bien plus de détails et de finesse que ce que je peux livrer dans un petit article comme ça, évidemment. Mais voici quand-même l’idée.

D’abord, reconnaître.

On nie souvent l’évidence. On se dit qu’en serrant encore un peu les dents ça va aller. On continue de chercher des solutions qui nous évitent de reconnaître l’évidence. Mais en clair, avant de pouvoir se sortir du trou, il faut accepter l’idée qu’on est dedans.

Ca peut être un petit trou, un grand trou, ou la faille de San Andreas, peu importe. Tant qu’on n’accepte pas l’idée qu’on est dedans, on va continuer à se cogner le nez au fond. Et typiquement c’est la douleur au nez qui augmente, et qui augmente, et qui augmente qui finit par nous faire nous dire qu’on devrait peut-être observer un peu mieux ce qui se passe.

Ca ne veut pas dire que tout va s’écrouler. Ca ne veut pas dire qu’il faut se mettre en quarantaine. Ce ne veut pas dire que tout est perdu non plus. Non. L’idée, c’est juste de se rendre compte d’une chose toute simple :

« Ça ne peut plus continuer comme ça. »

et

« Il faut inverser la tendance. »

Ensuite, faire un état des lieux

Typiquement, dans mon cas, ça a été de faire le tour du problème, et à tous les niveaux en même temps, et d’identifier quels besoins ça menaçait chez moi. Genre :

  • cette nana ne sait pas ce qu’elle veut, et moi ça me fait trop souffrir d’attendre qu’elle se branche : besoin d’amour, estime de moi abîmée par tout ça, etc.
  • je passe trop de temps et d’énergie à focaliser là-dessus, et je me mets dans la merde partout ailleurs (boulot, amitiés, etc.) : besoin de bosser et de gagner des sous, besoin d’être reconnu, besoin d’être utile ;
  • je me suis mis à picoler pour calmer mon angoisse : besoin de confort émotionnel, de paix intérieure, de moments de quiétude ;
  • etc.

Typiquement, ça, c’est l’étape qui peut piquer un peu l’égo, mais ça reste encore facile, parce que ça reste de la théorie. Et qu’en théorie c’est toujours facile.

Ensuite, l’idée, c’est de chercher à comprendre ce qui fait qu’on fonctionne comme ça. Dans mon cas, la dernière fois, j’ai eu recours à l’aide de thérapeutes (3 thérapeutes différentes et une coach, en 18 mois, qui ont toutes été indispensables !).

Une fois que l’état des lieux est fait, et bien fait, avec le plus d’honnêteté possible, on peut passer à la suite.

Se rappeler qu’on va s’en sortir

Franchement, même si vu de l’extérieur ça a l’air facile, quand on est au fond du trou, émotionnellement et humainement, c’est vraiment dur d’y croire. Alors c’est pas mal de prendre un temps pour se rappeler que plein de gens sont passés par ce genre d’épisode, qu’on a nous-même déjà traversé des trucs durs et qu’à chaque fois on s’est demandés si on allait survivre, et qu’au final on est toujours là…

Ensuite, on peut aussi se rappeler que ce genre de période est au moins partiellement le résultat de nos choix, qu’on bien souvent a notre part de responsabilité AUSSI, et que de facto on doit surtout retrouver assez de liberté intérieure pour faire des choix différents. Mieux adaptés.

Trier ce qui nous appartient de ce qui ne nous appartient pas.

Dans ce genre de situation, il y a souvent une partie qu’on ne contrôle pas (dans mon exemple, les sentiments de cette nana, et ses problématiques à elle, ma peur du rejet, qui augmentait à chaque rupture, etc.), et une partie qu’on contrôle (dans mon exemple, mon positionnement, mes espoirs irréalistes qu’elle finisse par se brancher, les raisons qui faisaient que je me contentais d’une relation aussi merdique, etc.).

Parce qu’on peut tourner les choses comme on veut, comme le dit Aurélie en coaching : « en refaisant ce qu’on a toujours fait, on obtient ce qu’on a toujours eu« . Et elle a raison. Ca fait chier, mais elle a grave raison.

Et donc, en identifiant toutes les choses sur lesquelles on n’a pas du tout prise, on finit, par la négative, par identifier ce qui est dans notre sphère d’influence. En général, ça se limite assez bien à nous-mêmes, à la manière dont on voit les choses, à notre posture et à nos choix. On peut, avec l’aide de thérapeutes spécialisés, identifier tout ça un peu plus clairement. On peut aussi déconditionner certaines émotions trop vives qui nous pourrissent la vie et nous empêchent de faire les bons choix. Mais on ne peut pas contrôler grand chose du monde extérieur, et surtout pas les autres et leurs sentiments.

Et il faut faire le deuil de tout ça.

Et c’est dur. Et parfois long. Mais inévitable.

Pour ma part, je me suis fait tatouer sur la cuisse une devise stoïcienne (d’Épictète, semble-t-il) : τὰ ἐφʹ ἡμῖν, τὰ οὐκ ἐφʹ ἡμῖν
(Ta eph’hemin, ta ouk eph’hemin : ce qui dépend de nous, ce qui ne dépend pas de nous, en gros). L’idée est de bien m’en rappeler 😉

D’un côté, il y a mes choix, qui doivent être faits sur la base de la liberté intérieure la plus grande possible (et donc pas en « réaction », ou orientés par l’émotion, le trauma, les peurs, les pulsions, etc.). Il y a la manière dont je perçois les choses (idem). Il y a ce qui m’appartient, quoi. Et donc ce sur quoi je dois me concentrer. Et tout le reste, au sujet de quoi il ne sert à rien de pleurnicher ou de hurler : ça ne changera rien.

Quand il pleut, on peut râler tant qu’on veut, mais soit on reste dedans, soit on va habiter dans le désert (et on se prépare au soleil) soit on prend un parapluie, soit on accepte d’être mouillé.

Prendre soin de nos besoins

En général, quand on va mal, c’est que nos vrais besoins ne sont pas comblés. Et nous sommes responsables de trouver le moyen, nous, de combler nos besoins. Soit seuls, soit en trouvant le moyen de tisser des liens sains qui nous permettent de le faire (c’est souvent compliqué, ça, mais c’est plus facile quand on sait ce qu’on cherche et qu’on a couvert tous nos autres besoins en autonomie).

Donc d’identifier (voir plus haut) nos besoins en souffrance, ça nous aidera à aller dans le bon sens.

Et oui, il va falloir trier ses besoins de ses envies et de ses caprices.

Établir un plan réaliste

Une fois qu’on connaît le problème, et qu’on a une idée à peu près claire de ce sur quoi on a prise, de ce qui dépend de nous, on peut commencer à voir comment faire changer les choses réellement.

Se fixer un objectif lointain, une sorte de rêve, c’est utile. Ca donnera une sorte de direction générale. Mais il faudra surtout détailler des étapes qui nous mèneront jusque là.

Ces étapes là devront être :

  • accessibles : quand on est au fond du trou, on a besoin de plein de choses mais pas d’un échec de plus, alors il faut être prudent et commencer par des objectifs vraiment accessibles ;
  • nourrissantes : elles devront nous apporter quelque chose de concret, de l’énergie, de la satisfaction, de la motivation pour nourrir notre effort ;
  • utiles : ça devra améliorer concrètement la situation !
  • mesurables : il faudra pouvoir observer vraiment qu’on a réussi, et donc se fixer soi-même des critères, et des outils d’observation (le bullet journal est un support vraiment utile pour ça !).

Bien souvent, avant d’arriver à faire bouger le gros truc qui ne va pas dans nos vies, il y aura tout un tas d’étapes intermédiaires. Comme un prisonnier de guerre qui prépare minutieusement son plan d’évasion, stocker du matériel, trouve des plans et établit sa stratégie, vous allez devoir patienter, peut-être, avant de quitter le camp de prisonniers. Mais chaque petite étape sera une victoire que vous pourrez savourer, et dont vous pourrez vous nourrir.

Un pas de plus vers la liberté, quoi !

Ajuster en permanence !

Typiquement, votre premier plan d’extraction du trou ne sera pas parfait. Il sera trop ou trop peu ambitieux. Ou un peu imparfait. Ou pas encore parfaitement abouti. Vous arriverez à vous y tenir ou pas, et puis la situation changera, etc. Il ne faut surtout pas s’empêcher d’être intelligent et d’ajuster le plan à chaque fois que ça sera utile.

Gardez juste vos objectifs en tête. Tant que vous avancez plus ou moins dans cette direction (l’issue du trou, quoi), ne lâchez rien. Mais adaptez et optimisez vos efforts par contre, oui.

En gros c’est marche ou crève, mais en prenant des pauses pour boire, manger et soigner ses pieds, et en prenant soin de marcher dans la bonne direction ! et de faire le point souvent.

Faites tourner ! 🙂
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1 Comment

  1. Ajuster, agir, ajuster … méthode agile 😀

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