La notion de culture du viol est un concept sociologique qui met en perspective le lien entre les rapports sexuels non consentis et le tissu culturel d’une société. Ce concept suggère l’existence d’un schéma comportemental appris par l’ensemble de la société et soutenu par des comportements se transmettant à travers les générations. C’est une forme de déterminisme inconscient.

La culture du viol est avant tout tacite, et inconsciente la plupart du temps. Si l’on pouvait voir la croyance centrale (inconsciente) de cet héritage, elle ressemblerait certainement à : « la femme n’est pas l’égale de l’homme » et aussi: « la femme est propriété de l’homme ». En découle alors une logique toujours inconsciente qui donne naissance à d’autre croyance comme: « Les hommes sont prioritaires face à l’accès du corps de la femme ».

Les croyances inconscientes, c’est comme un virus : c’est invisible et c’est contagieux! Parfois même, alors que vous croyez être immunisé, vous êtes porteur et vecteur.

LA CULTURE DU VIOL S’EXPRIME SOUS 4 FORMES PRINCIPALES

  • La négation des faits se rapportant à un viol, une agression ou harcèlement sexuel.
  • La minimisation des faits, en usant de banalisation, en les diminuant, en les légitimant.
  • La négation de la notion de consentement;
  • le blâme ou culpabilisation de la victime en la rendant co-responsable des faits.

La négation

La négation des faits prend appui sur notre héritage culturel et historique des non-droits de la femme. Bien des pays dans le monde sont en retard à ce sujet et pas un seul ne peut se prétendre en avance non plus. Alors avant de jeter la pierre (pour lapider) aux pays voisins ou lointains, rappelons nous, qu’en France la femme à été émancipée de la tutelle de son mari en 1942. Avant l’intervention du Général Pétain (contre toute attente), elle était propriété de son mari qui avait droit à la violence conjugale pour la corriger.

D’autre part, la femme restera depuis l’interprétation de l’histoire d’Eve, une tentatrice. Une pécheresse, que l’homme se traîne à ses côtés, tel un boulet, depuis la sortie de l’Éden. Mieux vaut accuser l’autre de culpabilité plutôt que de bousculer l’ordre (patriarcal) établi.

Sans compter, le fantasme collectif que la femme souhaite secrètement être prise sans consentement, courant dans la pornographie contemporaine mais également dans bon nombre de films ou de publicités.

Nos croyances rentrent en collision avec les faits, petite démo en chiffres: En France le viol représente environ 80000 victimes par an.

  • 72000 victimes ne portent pas plainte (90%)
  • 8000 victimes portent plainte (10%)
  • 240 victimes voient leur plainte aboutir (3% des plaintes pour viols aboutissent à une condamnation)

Entre nous, petit calcul: 80000 – 240 = 79760 potentiels malades qui se baladent en tout impunité (il faut arrondir vers le bas, pas pour fausser les chiffres, rassurez-vous, ce n’est pas mon intention, c’est juste qu’il y a des récidivistes dans le lot).

Pour la plupart des victimes qui ne portent pas plainte, la crainte de voir mettre en doute la réalité de son récit, tend à les faire renoncer à la démarche qui est forte éprouvante en elle-même. À savoir, seules 2-8% des plaintes, tout types de crimes confondus, seraient mensongères.

La minimisation

La minimisation des faits vise à présupposer qu’il y a des vrais viols et des faux viols. Comme il y aurait même des viols « cools » (réplique du film Gangsterdam qui banalise l’acte sous couvert d’humour. Publique cible : les ados). Toute notre publicité croule sous ce genre de messages de moins en moins discrets (euh, attends, est-ce que ça a déjà été discret ? En fait non). Les films de notre époque ne manquent pas non plus d’exemples. Pour preuve, le héros-type est un macho de base. D’ailleurs, je vous propose une petite lecture annexe, proposé par Aurélien* juste autour de la filmographie d’Harrison Ford (traduit par David Wong **).

Grâce à la culpabilisation, bon nombre de femmes minimisent elles-mêmes leur agression. Lorsqu’elles se sentent coupables d’avoir bu, lorsque l’agresseur est un amoureux, un proche, un mari, un compagnon. Lorsqu’elles ont été endoctrinées à la culpabilité sauce judéo-chrétienne, et dans bien d’autres cas. Certainement que d’autres leviers comme la honte, le manque d’estime de soi le manque d’instruction fonctionnent aussi. J’ai même entendu: « Nan, moi je crois pas aux victimes. Si ça t’arrives, c’est que tu « vibre » ça ». Minimisation et blâme, tout ce dont on peut avoir besoin dans ce genre de situation.

Le consentement

Le consentement est central dans une relation sexuelle, Il y a d’une part celui des adultes, de « ...entre adultes consentants… » et puis il y a tous les autres.

L’approche philosophique et éthique de la notion de consentement pose notre attention sur les situations de non-choix consentis. Eh oui, ce n’est pas toujours possible de dire « ah, tu es en train d’essayer de me monter dessus? Mais est-ce que tu m’as demandé mon avis ? Parce que c’est NON ! Dommage pour toi, et salut ! ». Dans la vraie vie, il peut y avoir des nuances entre le rapport sexuel entre deux êtres qui expriment leur désir mutuel et celui où la victime se débat comme un diable ou une diablesse face à son violeur, faisant preuve d’une absence de consentement qu’on caractérisera de limpide.

Peut-t-on parler de consentement lorsque le choix est un non-choix? Qu’en est il de la personne qui ne se débat pas lors d’un viol? Que ce soit par crainte, parce qu’elle a été droguée, parce qu’elle ne peut pas reculer? Ou encore par tétanie, sidération ou instinct de survie? A cause de la peur d’une escalade de violence, ou sous l’emprise d’un proche? Combien préfèreront se mettre en mode « planche à pain » et attendre que ça passe, vite, plutôt que de se retrouver à subir un « vrai viol »? certain.e.s préféreront penser qu’il vaut mieux se faire croire à soi-même qu’on était finalement un peu d’accord (déni) plutôt que de se prendre en pleine poire cette étiquette de victime. Alors, où est le choix ? A partir de quand peut-t-on parler de consentement ?

Dans beaucoup de pays, la victime est présumée consentante jusqu’à qu’elle puisse démontrer qu’elle a cherché a imposer son refus, par la force ou la fuite. C’était le cas de l’Allemagne jusqu’en 2016, pas si loin de chez nous.

Une petite vidéo ressource sur la notion de consentement.

Le blâme ou la culpabilisation

Le blâme ou la culpabilisation de la victime en lui donnant une responsabilité dans les faits est le dernier axe d’expression de la culture du viol. Fortement répandu, dans tout les milieux sociaux et culturels. Aussi bien utilisé par les femmes que les hommes. D’ailleurs, la langue française en témoigne avec la formule classique qui est « je me suis fait·e violé·e », comme si l’on pouvait ce faire ça à soi-même.

Aux États-Unis, le fait de stigmatiser les femmes autour de leur sexualité porte même un nom : Le slut shaming, littéralement ; « stigmatisation de salopes ». A chaque fois que vous portez un jugement sur une femme concernant sa sexualité ou l’expression de sa sensualité, comme juger d’une jupe trop courte, d’une poitrine trop visible, c’est du slut shaming. Toutes ces phrases affreuses qui sous-entendent qu’une femme ne devrait pas sortir en jupe quand il fait noir, ne devrait pas sortir seule, devrait faire attention à sa tenue, à la façon de marcher, ne devrait pas être en compagnie d’hommes, etc., sous peine de chercher (pour les plus soft) voire mériter (pour les plus hard) le viol. L’habit ne fait pas le moine ni la victime, pour en témoigner cette expo intitulée « tu étais habillée comment? » qui met en lumière les stéréotypes vestimentaires autour du viol.

Faire ma part de prévention

Ces quatre vecteurs de croyances étant définis, nous pouvons tous prendre conscience, homme et femme de combien ils font partie de nos quotidiens. Peut-être avons nous des proches qui raisonnent ainsi. Et avant de voir la paille dans l’œil du voisin, prenons le temps, mais aussi le courage, de nous dire à nous même, avec authenticité, que nous aussi, nous avons peut-être un jour pensé, parlé, jugé ainsi. N’est-ce pas le propre d’une culture, que de s’immiscer en chacun de nous ?

Les croyances inconscientes autour de la culture du viol sont partout, dans la pub (qui parfois et même souvent ressemble à s’y méprendre à du porno), dans vos films cultes préférés, au bureau, dans le métro, dans les faits divers, oui c’est vrai. Mais avant tout, cette culture inconsciente est en nous. Elle nous a été transmise dans nos familles, dans nos écoles, dans nos études, dans nos milieux respectifs.

Aujourd’hui vous avez envie que cela bouge, change et se transforme.

Bien, bien. Excellente idée ! Et comment comptez-vous faire ?

Adhérer à des assos ? Combattre sur le terrain de la loi, de la justice? Porter le voile pour qu’on vous foute la paix? Accepter le string apparent dans les écoles ? Devenir activiste-féministe ? Devenir justicière masquée pour assassiner les violeurs impunis dans leur sommeil ?

Stop ! Petit recul.

Et si je commençais en balayant devant ma porte ? Et si je m’observais dans les jugements que je porte au quotidien ? Dans ceux que je prononce devant mes proches ? Dans les expressions que j’emploie, dans les blagues que je balance, innocemment ? Et si je prenais le temps d’être honnête avec moi-même, je pourrais observer les microphénomènes de la culture du viol exister dans ma tête, prendre forme dans ma bouche. Je pourrais jouer au détective, rechercher leurs origines. Ainsi, je deviendrai acteur conscient et participant. Et tel le colibri je vais commencer à faire ma part pour rendre ce monde plus conscient, plus plaisant.

Quand je suis malade, comme j’ai pas envie de contaminer tout le monde avec mes microbes (croyances). Alors je me soigne, vous savez, pour pas le filer à mes gosses.

Depuis cet espace de conscience où je suis moi aussi vecteur d’un phénomène qui me déplaît, je choisi et deviens acteur pour créer quelque chose qui me plaît. De là, découlent des engagements personnels, que chacun est libre de choisir, à sa mesure. Selon sa propre cohérence personnelle.

Peut-être, je ne parlerai plus avec légèreté de la petite amoureuse de mon fils, puisqu’il ne s’agit pas de ça. Et qu’il a à apprendre dès son plus jeune âge que les filles ne sont pas des amoureuses, mais bien des filles. Peut-être vais-je prendre l’engagement de ne jamais dire à ma fille : « il faut souffrir pour être belle » parce que je l’ai entendu, et que je sais que ma mère et sa propre mère l’ont également entendu avant moi. Aujourd’hui, je choisis, en conscience, de couper cette loyauté à cet héritage patriarcal.

Je choisis de ne plus me taire si j’entends un commentaire qui va dans le sens de nourrir la culture du viol et je prendrai le temps de l’expliquer à mes proches.

Je souhaite prendre l’engagement de ne plus commenter la taille d’une jupe, même en hiver. Et si ce commentaire arrive à mes pensées, je prends également l’engagement de ne pas me fustiger. Je penserai juste que les racines de ces croyances sont profondes, et que je vais continuer à jardiner, devant ma porte, pour créer un monde qui me plaît.

Pour ceux et celles qui souhaitent prendre ce chemin de conscience vers une égalité vraie; qu’en est-il de votre égalité entre homme et femme dans votre réalité ? Comment se passe la répartition des tâches dans votre foyer ? Comment étaient vos modèles respectifs (masculins et féminins) dans leur propre notion d’égalité ? Quels sont les engagements que vous souhaitez prendre pour vos enfants? Que pensez-vous des histoires de princesses / chevaliers pour les enfants ? Qui dans votre famille était le vecteur d’un patriarcat actif / passif ? Où se cachent vos microphénomènes de la culture du viol dans vos jugements, dans votre quotidien?

La liste de ces questions ne demande qu’à être enrichie, avec votre aide, car ensemble, nos partages nous grandissent et nous aident à mûrir, pour être aujourd’hui à la hauteur de notre humanité.

Aurélie

*Aurélien auteur du blog: abompard.wordpress.com

** David Wong sur Cracked.com le 3 novembre 2016


Faites tourner ! 🙂
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Catégories : Liberté

4 commentaires

Martin · février 24, 2019 à 3:42

Bon texte, pertinent.J’aimerais ajouter quelques petites pierres à l’ensemble.
Il me semble que qualifier les violeurs de « malades » (« Entre nous, petit calcul: 80000 – 240 = 79760 potentiels malades qui se baladent en tout impunité ») est terriblement contre-productif. Parce que sauf exceptions, les violeurs ne se voient pas « malades »; et ne le sont pas de fait. Que ça soit le gentil mari qui se « sert » sur sa femme, comme le mec qui va repérer une proie ivre pour en « profiter », aucun estimera être malade puisque ils se voient dans leur bon droit. Et comme le « malade » c’est forcément l’autre, ils ne sont donc pas concerné par ce que tu écris. Je ne suis pas sûre d’être claire dans mon propos… Les mots construise aussi notre réalité.

Autre chose concernant la démolition de cette culture du viol : ça commence au berceau en refusant d’imposer aux enfants de faire un câlin, recevoir un baiser, etc. On leur apprend que leur corps doit être respecté. Mais c’est aussi de ne pas forcer les gamins à manger alors qu’ils disent ne plus avoir faim, à se couvrir sous prétexte qu’il fait froid alors qu’ils n’ont pas froid, etc. RESPECTER le ressenti de l’enfant afin que plus tard il fasse confiance à ses sens et son ressenti lorsque il est en contact avec une personne potentiellement toxique. C’est aussi une façon de leur faire comprendre qu’ils sont le DROIT d’être respecté. Parce qu’un gamin qui a pris l’habitude de voir son ressenti nié (nourriture, habillement, besoin ou non de contact physique, etc.) ne sera pas en mesure de protéger son espace intime une fois adulte, se fera littéralement bouffer par tous, et trouvera aussi normal de traiter d’autres personnes comme lui a été habitué à être traité.

    Aurélie Verdon · février 24, 2019 à 4:27

    Merci pour ton post Martin. OUI tu as raison, rare son les violeurs qui se considérent comme « malades ». Par contre un rapide calcul permet de se rendre compte que « ils » sont parmi nous. Si tu compte le nombre de personnes que tu connais ayant été victime d’un viol et que tu met cela en face de ceux que tu connais reconnaissant avoir commis un viol, on voit vite qu’il y a un bug dans l’équation.

    Et oui, nous ne pouvons pas « soigner » une personne qui s’estime être « non-malade ». D’ailleurs je pense plutôt qu’elles sont juste l’expression d’un système élitiste et patriarcal qui valorise la force, la prédation et la domination et ce, depuis des milliers d’années. Et tu as bien raison, tout ce joue dans l’éducation: déjà simplement le droit d’exister. Et d’exister en tant que sujet et non en tant qu’objet. mais oui, on a tous du pain sur la planche…

GG · mai 27, 2019 à 8:56

Ben en fait je suis un peu partagé sur la façon dont le consentement est abordé.
C’est sûr que la situation de la femme qui subi un acte sexuel qu’elle ne souhaite pas, sans l’exprimer, est horrible.
A contrario l’homme qui a reçu ou cru recevoir, de toute bonne foi, un nombre suffisant de signaux positifs, qui n’a usé d’aucune violence ni d’aucune contrainte, doit-il aller en prison ?

Franchement, vous voyez une femme séduite par un homme qui, par principe de précaution, lui demanderait de but en blanc si elles est consentante, toutes les 5 minutes ? 😉
Je sais que c’est un exemple grossier, mais ce genre de situation, ça se retrouve surement pas avec des champions de la subtilité !

    Aurélie Verdon · mai 29, 2019 à 1:35

    Bonjour GG, ce que tu nommes dans ton poste correspondrait un peu, il me semble et si j’ai bien compris, à toute les fois où « des partenaires » n’aurai pas vraiment PLEINEMENT envie, mais aucuns signaux, ni demande, ni refus ne serai exprimé? Est-ce bien cela? Et pire encore, les « signaux habituels » de consentement serai présents. Dans ces cas là, j’ai juste envie de renvoyer à la notion de responsabilité. Qui d’autre peut exprimer le consentement si ce n’est celui / celle qui est conscerné?
    Dans la mesure ou un individu est en pleine capacité de discernement (dans le sens de la loi, mais également dans le sens de la lucidité), je pense que si il/elle en capacité de s’exprimer; c’est de sa responsabilité.

    Bref, pour revenir à ton exemple; si la femme est inconsciente, bourrée, droguée etc; on peut tranquillement partir du principe que comme elle ne peut pas s’exprimer et réagir, elle n’est de faite pas consentante.

    Dans le cas ou la femme est une demoiselle mineure, si ton protagoniste masculin est majeur, c’est pour protéger ses couilles à lui qu’il vaut mieux pas chercher à connaitre le consentement; mais bien juste s’abstenir.

    Dans le cas où le femme qui montre des signaux clairs de désir se trouve être une personnes avec un handicap mental reconnu comme ne lui procurant pas la capacité de discernement; là encore, passe ton chemin!

    Celui qui n’est pas capable d’évaluer ces nuances par lui-même n’est certainement pas en pleine capacité de discernement aussi!

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